Dessin du requin lutin : vu de profil (tout le corps), d'en haut (par-dessus le museau) et d'en bas (sous le museau)

Les origines du requin-lutin

Le Requin Lutin (Mitsukurina owstoni) : Secret et origine d’un monstre des abysses japonais

En 1898, le Requin Lutin fait officiellement son entrée dans les registres de la science. Une découverte assez tardive quand on pense au fait que l’espèce appartient à une lignée vieille de 125 millions d’années. Oui, l’animal date clairement de l’époque des dinosaures et n’a quasiment pas évolué depuis !

Une découverte en deux temps : Comment le requin lutin a t-il était découvert ?

Ce spécimen rare à d’abord était capturé accidentellement par un pécheur japonais dans la baie de Sagami (Sagami-wan), près de Yokohama, Japon 1898. C’est alors le tout premier goblin shark remonté des profondeurs. À cette époque, les pécheurs de la région savaient qu’un dénommé Alan Owston, un étranger anglais s’intéressait aux créatures marines les plus étranges et qu’il était prêt à mettre le prix fort pour les acquérir.

L’homme derrière la découverte : Alan Owston, le collectionneur des abysses

Photo de Alan Owston

Alan Owston n’était ni un scientifique de formation, ni un marin de carrière. C’était avant tout un homme d’affaires visionnaire et un passionné d’histoire naturelle. Installé au Japon dès 1871, à l’âge de 18 ans, il a rapidement compris que les eaux nippones cachaient des trésors biologiques inestimables. Pour s’assurer l’exclusivité des plus rares spécimens, Owston a tissé un véritable réseau stratégique auprès des pêcheurs japonais. Très respecté dans la région, il était devenu la référence absolue : dès qu’une créature atypique remontait dans les filets, les pêcheurs se précipitaient à sa rencontre, sachant qu’il serait le premier acquéreur prêt à offrir un juste prix pour ces « monstres » des profondeurs.


C’est précisément ce scénario qui a conduit à la découverte historique du Requin Lutin (Mitsukurina owstoni). Un pêcheur de la baie de Sagami, intrigué par l’apparence terrifiante de sa prise, s’en alla trouver Owston pour lui vendre ce qui n’avait pas encore de nom, mais qui allait bientôt révolutionner l’ichtyologie mondiale.

Owston ravi fait donc l’acquisition du nouveau spécimen (un jeune mâle de plus d’un mètre). Ce dernier, en examinant la créature sur son étal, comprend immédiatement qu’il ne s’agit pas d’une simple malformation. Une transaction simple, qui peut paraître anodine qui va pourtant marquer l’histoire de la biologie marine.

À savoir

Dans le monde entier la baie de Sagami est célèbre auprès des biologistes marins car elle plonge rapidement vers les profondeurs abyssales. C’est l’un des rares endroits au monde où des créatures marines de la zone mésopélagique se retrouvent si proche des côtes.

De la collection à la science

C’est ici que le réseau d’Owston prend toute sa dimension. Il ne garde pas cette rareté pour sa seule décoration. Il contacte le professeur Kakichi Mitsukuri, le pilier de la zoologie au Japon. Mitsukuri, stupéfait par la morphologie de l’animal, réalise qu’il a sous les yeux un lien vivant avec la période du Crétacé.

À savoir

Scientifiquement parlant, l’espèce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Mitsukurina owstoni n’existait pas encore telle quelle il y a 100 millions d’années. En revanche, sa famille (les Mitsukurinidae) et son apparence, elles, remontent bien au Crétacé !